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Quand la France occupait l’Algérie, un dossier de vingt pages dans L’Obs

jeudi 22 août 2019, par Michel Berthelemy

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Le numéro de L’Obs du 15 au 21 août publie un dossier original et souvent surprenant sur l’histoire méconnue de la colonisation de l’Algérie. En mettant davantage l’accent sur les ressorts du colonialisme que sur la guerre qui en a été le résultat, les auteurs pointent les rouages cachés qui ont mené à la tragédie.

Nathalie Funès revient sur le « code de l’indigénat », qui permettait à l’administration de sanctionner des « infractions » sans aucune enquête, sans défense, sans procès, en ignorant toute institution judiciaire. Entre 1898 et 1910, les autochtones se sont vus infliger une moyenne de200000 punitions par an et 600000 journées de travail forcé. Edicté en 1874, ce code de la honte prendra fin seulement en 1944.
Dès la prise d’Alger en 1830, une question se pose aux autorités : comment éviter la « syphilis arabe ». Des bordels sont créés, « à la française », c’est-à-dire fondés sur la hiérarchie sociale et raciale : des prostituées pour les Blancs, d’autres pour les indigènes. Quartiers réservés, maisons de tolérance reflètent l’obsession sanitaire et l’impératif de ségrégation : on ne mélange pas les indigènes et les Blancs. L’homme blanc peut s’unir à une indigène, mais l’inverse n’est pas toléré.

« C’est nous les barbares » : c’est le cri du cœur de Guy de Maupassant, envoyé par le, journal Le Gaulois, en 1881, pour couvrir un soulèvement algérien. Ses « Lettres d’Afrique » dénonceront avec virulence la colonisation. Sara Daniel en cite quelques extraits qui passeraient, aujourd’hui encore, pour un brûlot anti-français d’une grande violence. L’écrivain imagine même les événements à venir : les paysans expulsés de leurs terre au profit des colons « deviennent des révoltés. (…), ils sont hardis et désespérés comme des hommes poussés à bout. (…) et comme le gouvernement français semble accumuler les âneries, il se peut que cette simple révolte devienne enfin une guerre générale que nous devrons surtout à notre impéritie et à notre imprévoyance ». On connaît la suite…

Article intéressant également sur le théologien musulman Ben Badis, l’un des pères du nationalisme algérien dont la pensée a été décisive dans le cheminement vers l’indépendance du peuple algérien.

Ce dossier spécial n’oublie pas de rappeler l’extrême discrimination dont les enfants arabes étaient victimes, leur taux de scolarisation étant resté très faible jusqu’à la veille de l’indépendance.

Enfin, Benjamin Stora livre une analyse lucide sur le silence qui, aujourd’hui encore, recouvre 132 ans d’occupation française. « L’histoire de l’Algérie française ne se limite pas à celle de la guerre (…) On ne peut pas raconter l’histoire par la fin. L’insurrection de novembre 1954 n’a pas éclaté mystérieusement après des décennies de convivialité, comme veulent le croire une partie des pieds-noirs et certains politiques français ».

Ce dossier de L’Obs fourmille d’informations rares et révélatrices d’une période de notre histoire encore largement taboue.

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