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Palestine : « quatre nouvelles fermes de colons se sont emparées de terres palestiniennes de la taille d’une grande ville ». L’opération de dépossession continue

jeudi 2 décembre 2021, par Michel Berthélémy

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Par Amira Hass, du quotidien israélien Haaretz. Publié le 14 novembre 2021

Au cours des cinq dernières années, quatre fermes de colons en Cisjordanie se sont emparées d’un territoire palestinien de la taille de la ville de Holon (banlieue sud de Tel Aviv, superficie d’environ dix-nef mille dunams, quelque dix-neuf km2), ou des villes de Bnei Brak (banlieue nord-est de Tel-Aviv, superficie de 7,4 km2) et de Lod (située dans le District centre, superficie 12 km2) réunies. En recourant à la violence et à la terreur systématiques, les résidents de ces quatre avant-postes [le terme avant-postes renvoie à une colonie établie dans les territoires palestiniens occupés, établie, formellement, sans l’autorisation du gouvernement israélien], aidés par l’armée, ont bloqué l’accès des Palestiniens à des terres totalisant 20 866 dunams [soit 20 km2] ; terres que les Palestiniens utilisaient pour cultiver et faire paître le bétail.
Le record d’occupation est détenu par la ferme d’Uri sur la réserve d’Umm Zuqa, dans le nord de la vallée du Jourdain. Elle a été établie en 2016 et elle empêche les communautés palestiniennes d’accéder à plus de quatorze mille dunams de terres [quelque 14 km2]. Vient ensuite l’avant-poste de Zvi Bar Yosef de la colonie de Halamish, érigée il y a trois ans. Il empêche les agriculteurs de Jibiya, Kobar et Umm Safa [les trois du gouvernorat de Ramallah et et Al-Bireh] d’accéder à deux-mille cinq cents dunams de leurs terres. Une ferme de bergers au sud-ouest de Samu [ville à douze kilomètres au sud de la ville d’Hébron], établie en 2021, a pris possession, jusqu’à présent, de mille huit-cent cinquante dunams appartenant au village de Zanuta. En 2020, la ferme Mann a été construite à l’est de la ville de Yatta [à douze km au sud d’Hébron], et s’est approprié mille cinq cent trente-sept dunams des villages voisins.

Le phénomène s’amplifie d’année en année

Les données ne concernent que ces quatre fermes individuelles sur une cinquantaine d’avant-postes similaires créés au cours de la dernière décennie, et sur cent cinquante avant-postes datant des années 1990. Les résidents de bon nombre de ces avant-postes recourent à la violence pour s’approprier des terres palestiniennes – ce qui signifie que la superficie totale qu’ils se sont appropriées est bien plus importante que les chiffres mentionnés ci-dessus.
Pour tester ce phénomène, qui ne fait que s’amplifier depuis les années 1990, l’ONG B’Tselem [centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés] a choisi cinq zones de Cisjordanie où neuf fermes (dont les quatre susmentionnées) sont exploitées : au nord de la vallée du Jourdain, à l’est des villes Tamun et de Tubas [situées au nord-est de Naplouse] ; des villages au nord-ouest de Ramallah ; des villages au sud-ouest de Naplouse ; des villages à l’est de Yatta [à huit km au sud d’Hébron] ; et des villages au sud de Samua [à douze km au sud de la ville d’Hébron].
Les chercheurs de B’Tselem ont documenté, calculé et quantifié l’étendue des terres appropriées par les avant-postes et une colonie, Halamish [située au nord de Ramallah, à 10,7 kilomètres de ladite Ligne verte], dans ces cinq zones : vingt-huit quatre cent seize dunams, soit la superficie de Kiryat Bialik, Netivot et Ofakim réunies. L’organisation Kerem Navot [créée en 2012], qui enquête sur la politique israélienne d’appropriation des terres de Cisjordanie, a participé à la cartographie et au calcul des données figurant dans le rapport final.
Le fait qu’il s’agisse d’un modèle et que les autorités israéliennes ne mettent pas fin à la violence systématique a conduit B’Tselem à la conclusion que le phénomène sert les intérêts de l’État.
« A priori, il s’agit de deux pistes sans lien entre elles », peut-on lire dans le rapport. « L’État s’approprie des terres de manière ouverte et officielle, sanctifiée par des conseillers juridiques et des juges – plus de deux millions de dunams en Cisjordanie depuis 1967 – tandis que les colons, qui cherchent également à s’approprier des terres pour faire avancer leur plan, recourent à la violence contre les Palestiniens pour leurs propres raisons et de leur propre gré. Mais c’est la même chose : la violence des colons contre les Palestiniens sert à l’État comme un moyen non-officiel majeur de s’approprier de plus en plus de terres en Cisjordanie, et cette violence est exercée avec le soutien total de l’État, avec l’aide et la participation de ses représentants. »
B’Tselem et Kerem Navot n’ont pas encore calculé l’ampleur de l’appropriation violente par les colons de toutes les terres palestiniennes par des fermes individuelles et des opérations de colons en Cisjordanie. Mais une estimation générale a déjà été faite par Ze’ev Hever, le directeur d’Amana, qui est la façade opérationnelle et financière du mouvement religieux et pro-colonisation Gush Emunim et qui est à l’origine de l’établissement des avant-postes. Lors d’une conférence en ligne organisée en février, Ze’ev Hever a expliqué que les fermes de bergers sont un outil efficace pour s’approprier des terres palestiniennes, plus que pour construire de nouvelles colonies ou de nouveaux quartiers. La superficie bâtie combinée de toutes les colonies conventionnelles est d’environ cent kilomètres carrés, a-t-il dit, alors que les fermes ont pris à elles seules le double, soit près de deux cent mille dunams [200 km2].
« Ceux qui ont la bonne motivation pour agir et inciter les autres à agir peuvent atteindre les bons résultats », a déclaré Ze’ev Hever aux participants en ligne. B’Tselem ne sait pas dans quelle mesure l’estimation globale de Ze’ev Hever est précise, mais dans deux autres zones de Cisjordanie – qui n’ont pas été incluses dans le présent rapport – des extensions violentes de colonies existantes ont pris au moins trente-six mille cinq cents dunams : vingt-six mille cinq cents dans la zone des colonies Eli et Shiloh à l’est de Ramallah, et six mille dans la zone de Tkoa-Nokdim au sud-ouest de Bethléem.

Amira Hass

http://alencontre.org/moyenorient/palestine/palestine-israel-quatre-nouvelles-fermes-de-colons-se-sont-emparees-de-terres-palestiniennes-de-la-taille-dune-grande-ville-fermes-et-etat-complementaire-dans-loperation-de-de.html
[1] Officiellement, le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires est une unité du Ministère israélien de la défense qui s’occupe de coordonner les questions civiles entre le gouvernement israélien, les Forces de défense israéliennes, les organisations internationales, les diplomates et l’Autorité palestinienne.

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