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Le militarisme, une « passion française »

vendredi 11 septembre 2020, par 4acgweb

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Quand Ronald Reagan lance son offensive néolibérale aux États-Unis en 1980, il fait trois choses : exonérer massivement d’impôts les plus riches, mater le mouvement syndical et relancer la course aux armements. Quarante ans plus tard, Emmanuel Macron tente de faire exactement la même chose. Comme les États-Unis, la France est une puissance impérialiste où le militaire est étroitement lié à l’économique. Un lien qui n’a cessé de se renforcer depuis 2008, estime l’économiste Claude Serfati, membre du Conseil scientifique d’Attac et auteur de l’essai Le militaire, une passion française (éd. Amsterdam, 2017). Entretien.

Qu’appelez-vous le « moment 2008 » ? En quoi représente-t-il un changement dans l’interventionnisme militaire français ?

« À partir de 2008, la France a modifié son comportement sous l’influence d’une série d’évènements : crise financière, récession économique, aggravation de la crise environnementale, crise géopolitique marquée par l’enlisement généralisé des États-Unis et l’émergence d’insurrections populaires contrariant le maintien des régimes despotiques en Afrique et au Moyen-Orient. Bref, c’est la fin de la “mondialisation heureuse” dans laquelle nous serions entrés après l’effondrement de l’URSS en décembre 1991 et qui aurait été caractérisée par l’extension du format “PDF” (Peace, Democracy, Free market) à l’ensemble du globe.

Ce moment 2008 a eu des répercussions très importantes sur la France. Économiquement, elle perd du terrain sur les marchés mondiaux, y compris dans certains secteurs fleurons tels que l’automobile et l’agroalimentaire. Ses échanges commerciaux avec l’Union européenne sont fortement déficitaires. Et elle perd de l’influence dans les prises de décisions communautaires au profit de l’Allemagne.

Par contraste, le dynamisme des groupes aéronautiques et de l’armement, porté par la conjoncture mondiale et la diplomatie française de ventes d’armes à tout prix [1], ont permis à la France de se maintenir dans le top 5 mondial des ventes de matériels militaires. Par ailleurs, le moindre interventionnisme des États-Unis conjugué à l’implosion de plusieurs États “relais” de la France en Afrique l’ont obligée à monter en première ligne pour défendre l’ordre mondial. Il est néanmoins très difficile de recenser le nombre exact d’interventions militaires françaises [2] car aucun décompte officiel n’est disponible ; d’ailleurs, le Parlement n’exerce aucun pouvoir de contrôle dans ce domaine, qui demeure le pré carré du Président dans la Constitution de la Ve République. On sait juste que ce nombre est très élevé, à tel point qu’un rapport du Sénat s’était sérieusement demandé en juillet 2016 si l’intervention militaire était une “passion française”. Ce qui l’est beaucoup moins en revanche, c’est le montant de l’aide publique au développement social. Pour le Mali, il est cinq fois inférieur au coût des opérations Serval-Barkhane. »

Ce dynamisme de l’industrie d’armement, dont les produits sont testés lors des interventions militaires, sert de cache-misère au délitement continu du tissu industriel français ?

« L’industrie d’armement a des effets pervers sur l’économie. Un système productif est constitué de toutes sortes d’interdépendances, et on peut identifier des secteurs moteurs en termes de commandes, d’emplois, de retombées technologiques – notamment les machines-outils, la chimie, l’automobile ou les technologies de l’information. L’armement, lui, n’en est pas un. Les promoteurs de cette industrie affirment que si on y investit un milliard d’euros, cela crée des emplois. C’est une tautologie ! Il faut plutôt comparer ce qui passe dans l’armement avec la valeur ajoutée qui serait créée avec ce même milliard dans d’autres activités. Sans surprise, comme le montrent des chercheurs américains, c’est dans le développement durable, l’éducation ou la santé que vous obtiendrez les retours sur investissements les plus significatifs en termes d’emplois.

L’autre argument, avancé par les ministres de la Défense Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, est celui de l’effet d’entraînement technologique des innovations militaires sur l’industrie civile. Ce discours n’est même plus tenu par la Direction générale de l’armement, consciente que le socle déterminant de la recherche et des innovations se trouve dans le monde civil. En effet, les exigences des militaires en termes de technologies sont très spécifiques, très coûteuses et elles mettent des dizaines d’années à être satisfaites. Les principaux transferts de technologies du militaire au civil ont concerné l’aéronautique et aujourd’hui le sécuritaire. Quelles puissances à peu près comparables à la France ont réussi à bâtir un tissu industriel diversifié et robuste dans la seconde moitié du XXe siècle ? L’Allemagne et le Japon ! Deux pays qui à la suite de la Seconde Guerre mondiale, ont abandonné le militarisme et cessé de faire de l’industrie d’armement le vecteur de leur politique technologique. »

source et suite sur : http://cqfd-journal.org/Le-militarisme-une-passion

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