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Le 18 octobre se tenaient à l’Institut du Monde Arabe dans le cadre des Journées de l’Histoire, des conférences et débats sur le thème « Révoltes et Révolutions »

samedi 14 novembre 2020, par Christian Travers

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Christian Travers a participé à deux des rencontres organisées le 18 octobre par l’IMA
– la controverse autour du livre de Pierre Vermeren, Le déni français
avec comme contradicteurs et modérateurs Ali Bensaïd et Béatrice Gibelin.
– le Hirak en Algérie, perspectives socio-historiques et comparatives
avec Aissa Kadri sociologue et David Goeury, géographe, animée par Tramor Quemeneur.

Le lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, un professeur qui tentait de développer l’esprit critique et la liberté de penser de ses élèves, l’historien explique que les élites, par ignorance, naïveté ou angélisme ont laissé les Frères musulmans et les salafistes propager en France et ailleurs les idées qui ont conduit au terrorisme islamique. Il était difficile de le dénoncer sans être qualifié de raciste ou d’islamophobe et, naturellement les musulmans par de fâcheux amalgames sont les premières victimes, car ils risquent d’être stigmatisés à cause de ceux qui salissent l’islam.
Pierre Vermeren rappelle qu’en Algérie, au moment des années noires, les autorités interdisaient l’usage du terme islamiste et encore moins d’accoler les termes terrorisme islamique et que c’est après de laborieuses négociations que les termes terrorisme islamique armé ont été utilisés par le pouvoir et dans les médias algériens.
Il indique que le concept de « loup solitaire », une autre forme d’euphémisme, était destiné à réduire l’emprise réelle de la radicalité islamiste qui existe et progresse depuis plus de vingt ans. Il pense que la culpabilité et la honte de la France après la colonisation et la guerre d’Algérie ont une part de responsabilité dans ce déni de la réalité alors que la radicalité islamique nous frappe. Tout a changé. Alors que le Maghreb connaissait un islam paisible souvent inspiré par le soufisme il subit aujourd’hui l’influence des pays du Golfe par le biais de la télévision et des réseaux sociaux.

Les territoires de la République : perdus ou vivants ?

En prolongement de ce thème, Christian Travers évoque le livre d’Emmanuel Brenner (en réalité Georges Bensoussan) et Barbara Lefebvre paru en 2002, « Les territoires perdus de la République » et aussi le rapport de l’Inspecteur Général Jean Pierre Obin paru en 2004 « Les signes de l’appartenance religieuse dans les établissements scolaires ». Ces deux livres ont entraîné des réactions négatives ou ont été mis sous le tapis. Alors que les professeurs ont le devoir de présenter les valeurs de la République et ses lois, ceux-ci et les chefs d’établissement ont pour recommandation de ne pas faire de vagues. Seuls les plus téméraires s’y aventurent… et l’islamisme radical tue et occupe le terrain. À l’inverse, Christian cite également le livre publié sous l’autorité de l’Inspecteur Général Benoît Falaize « Les territoires vivants de la République (ce que peut l’école : Réussir au-delà des préjugés) », un livre stimulant et émouvant qui s’oppose au discours décliniste sur l’école et qui montre que dans des quartiers déshérités des enseignants font un travail admirable pour former des citoyens responsables dans une société plus juste et fraternelle.

Enfin, pour enrichir cette question Christian évoque les enseignements de l’enquête IFOP réalisée en septembre 2019, en France, sur un échantillon d’une population se déclarant musulmane (l’enquête très complète - 65 pages - est disponible sur internet). On ne retiendra que deux questions :
Allez vous généralement à la mosquée le vendredi ?
Les réponses oui évoluent ainsi : 1989 : 16%, 2011 : 25%, 2019 : 38 %.
Cette progression, qui naturellement ne fait pas problème, est à peu près homogène jusqu’en 2011 selon les catégories d’âge mais la proportion des réponses oui est sensiblement plus forte chez les plus jeunes à partir de 2019 : 18/24 ans, 40% ; 25/34 ans, 36% ; 35/49 ans, 31% ;
Si la progression globale peut s’expliquer en partie par la progression du nombre des lieux de culte, il est frappant de voir que l’assiduité est devenue la plus grande chez les plus jeunes. Sans doute faut-il voir ici l’influence des réseaux sociaux que fréquentent surtout les jeunes, et qui ne sont pas toujours bien intentionnés.
À la question : en France la charia devrait-elle s’imposer par rapport aux lois de la République ? l’enquête répond !
Accord : 27 % avec la répartition par tranche d’âge suivante :
Plus de 35 ans : 23 %, 18/24 ans : 24 %, 15/17 ans : 37 %.

La seconde conférence-débat à laquelle assistait Christian Travers était intitulée : Le Hirak en Algérie, perspectives socio-historiques et comparatives
avec Aissa Kadri sociologue et David Goeury, géographe, animée par Tramor Quemeneur

Ce mouvement qui a débuté le 22 février 2019 a été partiellement maîtrisé par les élections du mois de décembre puis interrompu par l’apparition du Covid 19. Il est à la fois politique, économique et sociologique. Pour s’en tenir aux étapes majeures de la révolte naissante on peut citer le printemps berbère qui début 1980 a montré le clivage à l’intérieur de la nation, puis le mouvement des femmes contre le droit social en 1984, les émeutes d’octobre 1988 qui ont entraîné une terrible répression avec des centaines de morts. Il faut également citer la rupture démocratique avec l’interruption des élections en 1992 puis le mouvement kabyle de 2001 qui a été durement réprimé.
En revanche le printemps arabe n’a pas eu d’écho en Algérie. Le pouvoir fort et autoritaire, le souvenir des années noires et l’argent distribué ici et là ont endormi la révolte.
Le hirak n’est pas tombé du ciel. Il s’explique par la crise de l’État providence, par l’exigence souvent territorialisée de participation du peuple, par une crise de la représentation. On se défie des dirigeants. On veut reprendre les choses en main. Après de multiples mouvements sociaux et sectoriels le peuple se rassemble dans une révolte unitaire.
Le mouvement est pacifique, intergénérationnel même s’il est surtout porté par les jeunes. Il mélange les classes sociales et se distingue par une importante participation des femmes.
Les dirigeants algériens sont déconnectés des réalités et la tentative de reprise du contrôle par le nouveau président n’a pas eu lieu malgré ses propos démagogiques puisqu’il a eu l’audace de parler de « l’hirak béni ».

Au Maroc, les mouvements récents ont été localisés : à Al Hoceïma et à Jerada en 2016 et 2018, c’est l’émotion qui a déclenché la révolte alors qu’en février 2011 l’ensemble des Marocains a été concerné.
À Al Hoceïma c’est la mort d’un pêcheur broyé par une benne à ordure et à Jerada c’est celle de deux mineurs qui se sont noyés dans une galerie minière défectueuse.
Les manifestations ont été spontanées et peu encadrées. Au Maroc la pauvreté de beaucoup, l’impossibilité ressentie de construire l’avenir et l’inefficacité des pouvoirs centraux et locaux découragent.

En Algérie on ressent une maturité politique insoupçonnée et le mouvement s’est réapproprié des figures politiques que le FLN avait volées au peuple. Actuellement aucun leader n’émerge vraiment et si les années précédentes l’avaient fait naître nul doute qu’il aurait été éliminé.
Bien que la crise pétrolière et la pandémie entraîneront inévitablement des revendications sociales ce ne sont pas aujourd’hui ce qui domine. Les revendications principales portent sur la dignité et l’exigence d’une réelle participation. Le ferment de la révolte est l’humiliation et le système en place a entraîné une désaffection électorale.
Pendant ce répit, de plus en plus, les Chinois et les Turcs sont omniprésents dans l’économie algérienne et la France résiste mal.

Les orateurs apostrophés par des contestataires

À l’issue du débat, au moment des questions, un interlocuteur a pris la parole avec beaucoup de véhémence pour contester la parole des orateurs et même pour justifier le crime commis à Conflans Saint-Honorine.
Dans la même salle un acolyte filmait la scène et à la sortie de l’IMA on a pu voir un groupe de complices qui regardaient sur le téléphone la scène filmée avec une évidente satisfaction.

Christian Travers

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