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Guy Bedos, l’Algérien

mercredi 3 juin 2020, par 4acgweb , Michel Berthelemy

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Photo : Laurent Cousin

Né le 15 juin 1934 à Alger, mort le 28 mai 2020, Guy Bedos grandit dans la ville de Souk Ahras, «  la protégée des Lions  », dans l’Algérie coloniale. Il se construit en opposition avec sa famille pied-noir qui tente de l’élever dans la haine de l’Arabe et du Juif.

Celui qui se revendiquait Algérien s’estimait «  rescapé de sa jeunesse  ». 
«  Je me suis construit absolument contre ce que j’ai subi, confiait-il dans A Voix Nue sur France Culture. Dans son livre Mémoire d’outre-mère, en 2005, il faisait en effet le récit d’une enfance difficile dès l’incipit : «  Je n’ai pas rêvé. J’ai bien vu ma mère frapper mon père avec un marteau. Je dois avoir entre deux et trois ans…  », écrivait-il alors.
A 16 ans, il quitte avec sa mère et ses deux sœurs jumelles l’Algérie, à laquelle il vouera toujours un profond attachement : « C’est mon pays pour toujours, je suis attaché à ce pays. […] Moi, j’étais un Algérien mais mes parents ne l’étaient pas. Je n’avais pas le droit de recevoir mes amis algériens chez moi. On ne mangeait pas de couscous, on mangeait de la daube. On était raciste jusque dans les menus. J’ai découvert le couscous et certains plats algériens lorsque enfin on a décidé de me mettre en pension au lycée de Bône (Annaba) ».

Le refus de la guerre d’Algérie

Quand la guerre d’Algérie rattrape le jeune comédien, à vingt ans, il refuse de faire son service militaire. «  Plutôt crever que d’aller tirer sur mes copains  », clame-t-il. Il évite de peu la prison et se fait réformer pour maladie mentale, accomplissant là son premier acte de désobéissance politique. « Je me suis servi de mes petits talents d’acteur et aussi d’une extraordinaire conviction : je ne voulais pas faire cette guerre, je ne voulais pas rester dans cette caserne, je ne voulais pas être militaire ».
Celui qui n’acceptait pour seule définition du rire que celle du philosophe Kierkegaard, «  L’humour est la politesse du désespoir  », a toujours défendu ses convictions propres, antiracisme en tête, en militant auprès de nombreuses organisations, de la Ligue des Droits de l’Homme à Droit au logement ou pour le Droit de mourir dans la dignité.

Retour au pays, entre nostalgie et colère

En 1988, le pied-noir revient chez lui, dans un pays qu’il n’a jamais connu indépendant. Entre nostalgie et colère face aux nouveaux intégrismes. Il fait un constat : « Il y a une sorte de dualité en moi, j’étais pour l’indépendance de l’Algérie, mais je n’étais pas pour qu’elle finisse comme ça. Mais en même temps, leur excuse, c’est ça : dictature religieuse ou dictature militaire. Si les militaires n’étaient pas là, ce seraient les religieux, donc c’est la peste ou le choléra ».
«  Il m’arrive de souhaiter la mort parfois, pas des autres, pas tout le temps, pas avec n’importe qui… de souhaiter ma mort, comme une délivrance de tout ce qui me choque, de ce qui me blesse dans la vie, dans la société. La mort, telle que je la vois, c’est le sommeil  », confiait-il en 2014 dans l’émission A Voix nue sur France-Culture.

Guy Bedos est mort chez lui, à 85 ans, le jeudi 28 mai 2020.

Guy Bedos, l’intégrale en cinq entretiens sur France Culture :
https://www.franceculture.fr/theatre/mort-de-guy-bedos-la-mort-pour-moi-cest-le-sommeil

« En France, quelques personnes avaient promis à des milliers d’autres personnes de changer la vie, et puis ils ont changé d’avis. »
Guy Bedos (1934 – 2020)


De vous à moi - Serge Moati accueille Guy Bedos.


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