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Algérien et Français, une double culture souvent difficile à vivre

lundi 26 août 2019, par Michel Berthelemy

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Dans le magazine daté du 24 août du quotidien « Le Monde », des artistes d’origine algérienne nés ou vivant en France depuis plusieurs années expriment leurs difficultés à vivre la double culture qui est la leur.

Les événements actuels en Algérie, ce « hirak » qui ébranle les fondements même du régime algérien, avivent des sensations et des réflexions qu’ils pensaient éloignées de leur présent.

« Je suis de Blida et Français », dira Mohamed Bourouissa, plasticien reconnu, actuellement exposé aux Rencontres photographiques d’Arles après avoir été invité en 2018 au Centre Pompidou et au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
« Français tous les jours, Algérien pour toujours » reprend en écho l’artiste peintre Djamel Tatah. « Méditerranéen » nuance Mehdi Meddaci, tandis que le peintre Yazid Oulab se définit comme étant « Français, musulman et Africain ».

L’Algérie, la France, l’évocation de ce vieux couple suscite chez ces plasticiens un mélange de passions, presque de réactions épidermiques, qui semblaient enfouies. « C’est difficile, résume la cinéaste Zineb Sedira, de grandir avec deux cultures qui s’insultent l’une l’autre ».

Fayçal Baghriche : « mes parents nous disaient », j’avais cinq ans, « on n’est pas comme les autres, et ils ne sont pas comme nous ». Il souligne : « tu sais que tu es étranger, que tu n’as pas la même culture, la même religion, mais en même temps tes amis sont français. C’est schizophrénique ».

Kader Attia, plasticien de grand talent, a créé en 2016 un bar, lieu de débats et de rencontres dans le 10e à Paris. Son père est arrivé en France après avoir combattu pour l’indépendance de son pays. Kader : « il nous disait qu’il venait chercher son dû, car il avait le sentiment que son pays avait été spolié ». Lorsqu’à l’âge de six ans, le petit Kader débarque à l’aéroport d’Alger, il a immédiatement « le sentiment d’être à la maison ».

« Je n ’appartiens pas à l’Algérie », admet Mehdi Meddaci qui, à 27 ans, est retourné en Algérie pour y tourner son premier film, Lancer une pierre. Il ajoute : « je mime la possibilité d’un rattachement ».

Mohamed Bourouissa : « La France est ce pays qui a fait de moi ce que je suis. Peut-être qu’en Algérie, je n’aurais pas fait le quart de ce que j’ai fait ».

Lorsqu’aux Beaux-Arts de Montpellier, les professeurs conseillent à Abdelkader Benchamma de travailler sur sa double culture, il se récrie : « j’avais l’impression qu’on ne me permettait d’être artiste qu’à condition de travailler sur mes origines ». Il opte alors pour l’abstraction.

Tous ces questionnements sur la douleur et la richesse de cette « double culture », Kader Attia en est imprégné. Ils résument son engagement en tant qu’artiste et citoyen des deux rives de la Méditerranée. Il a fait de la « réparation » son axe de travail. Réparer, recoller les morceaux, chercher à recréer une harmonie avec les morceaux épars du passé, avec les signes et dans la langue d’aujourd’hui. Il le dit lui-même : je ne veux pas « laisser mes deux identités se regarder en chiens de faïence ».

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